ALESSANDRO SILVERJ

Italie

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Ouvert tous les jours de 10:00 à 18:00

Dates de l'exposition

09 mai 2026     31 mai 2026

Vernissage

samedi 09 mai 2026 à 11:00

Présentation

Le 29 août 1523, Margherita, dite Madregna, fut accusée de sorcellerie. Torturée, elle avoua avoir participé à un sabbat. Elle fut condamnée et brûlée vive sur le bûcher, ses biens saisis et redistribués selon les coutumes inquisitoriales. Des siècles plus tard, sa voix résonne encore. Entre le XVe et le XVIIIe siècle, la peur et la superstition s’enracinèrent dans toute l’Europe, alimentant la persécution systématique que nous appelons aujourd’hui chasse aux sorcières. Il ne s’agissait pas d’épisodes d’hystérie collective isolés, mais de campagnes soutenues fondées sur des motivations politiques, religieuses et sociales. Les cibles étaient généralement les femmes, et parmi elles plus particulièrement des sages-femmes, des guérisseuses, des veuves, des pauvres, ou celles qui défiaient les rôles qui leur étaient assignés. Toutes sortes d’incidents pouvaient donner lieu à une accusation :
une fièvre, une mauvaise récolte, la jalousie d’un voisin. La participation à des rituels, la connaissance des pouvoirs des plantes et même certains traits physiques pouvaient apparaître comme les signes d’une relation privilégiée avec le diable. L’accusation de sorcellerie a souvent servi à circonscrire des formes de comportements féminins autonomes. L’Inquisition et les tribunaux civils ont développé des systèmes juridiques pour poursuivre les femmes désignées commesorcières.Latortureétaitutilisée pour obtenir des aveux qui corroboraient la présence cachée du mal au sein même de sociétés inquiètes. Des manuels tels queleMalleusMaleficarumontfaçonnéà la fois l’idéologie et la méthode, légitimant la violence au nom de l’ordre moral. Bien que des hommes et des enfants aient également été accusés, près des deux tiers des personnes jugées étaient des femmes. Un retentissement maximal était donné aux mises à mort par le feu, la pendaison ou la torture, de façon à impressionner durablement les populations. La dernière exécution pour sorcellerie en Europe fut celle d’Anna Göldi, en 1782. Mais certains mécanismes de contrôle se sont maintenus. Dans l’Italie fasciste, des femmes qui résistaient aux rôles domestiques ont été confinées dans des asiles, qualifiées de « folles », de « malacarne » ou de menaces pour l’éthique de l’État. L’émotion elle-même est devenue une pathologie. Aujourd’hui encore, la logique de la punition demeure. Le féminicide est un écho lointain de pratiques ancestrales. Des femmes sont encore brûlées vives, symboliquement et littéralement, pour avoir refusé de se soumettre. Elles sont tuées par leurs partenaires, leurs ex-partenaires, ou des membres de leur famille. Les méthodes ont changé, mais le sens profond de ces gestes reste le même. Il est inscrit dans l’histoire des hommes, mais c’est aussi un héritage qui perdure, dans les faits, dans les représentations et dans le fonctionnement des institutions.