Boutographies

Edito

Il y a dix ans, Les Boutographies investissaient le Pavillon Populaire pour la première fois, après une enfance heureuse dans le quartier qui leur avait donné leur nom : Boutonnet. Nous étions en mai 2008. On se remémorait alors un autre mois de mai, celui de 68, et cette arrivée au Pavillon Populaire s’apparentait pour nous à une intrusion sur les territoires bien gardés de l’institution culturelle. Sensation romanesque et un peu exaltée, mais à même de nous soutenir dans ce pari pas raisonnable : occuper le lieu avec notre propre programmation, et réaliser le festival au centre-ville avec une équipe qui se comptait alors sur les doigts d’une main. Depuis, plusieurs milliards de photographies ont recouvert la planète, menaçant de nous engloutir. Mais nous sommes toujours là, avec cette sorte d’acharnement méticuleux à choisir les quelques images que nous voulons vous montrer envers et contre tout. Qu’est-ce qui pourrait justifier un tel entêtement, hormis notre souci d’occuper nos longues soirées d’hiver et de continuer à faire de la photographie un prétexte à rencontres, à débats, sinon notre émerveillement sur l’infinie capacité de nos congénères à faire ressurgir les images qui n’existaient jusqu’alors que dans nos rêves, ou dans nos propres inquiétudes ?

Certains des photographes que nous exposons cette année semblent avoir pris la mesure de la pléthore des images photographiques, au point de renoncer à en produire de nouvelles. Leur travail est fondé sur la réutilisation d’images déjà existantes, qu’il s’agisse d’anciennes productions leur appartenant ou bien d’images en circulation sous des statuts divers : mémoire familiale, preuve scientifique, images de propagande… D’autres, ou les mêmes parfois, ont renoncé à la couleur. Ils reflètent une tendance largement à l’œuvre parmi les centaines de dossiers reçus cette année. Comme si le noir-et-blanc venait pour re-légitimer la photographie du côté de sa fonction mémorielle, de son épaisseur temporelle et de sa durabilité. Mais ce qui parcourt l’ensemble des travaux, au-delà des contingences techniques et historiques, est encore une fois une question fondamentalement humaine et irrémédiablement associée aux images : celle de la croyance. Comme pour nous rappeler que la photographie, malgré sa banalisation extrême, continue de venir toucher à ce qui nous importe : quel besoin de croire ? Quelle nécessité d’échapper à la croyance ? Dans un pays aussi peu enclin au religieux que la France, les croyances ont souvent cherché des idoles de substitution. La gigantesque fête païenne de juillet 1998 en a adoré quelques-unes. Les images de Cédric Calandraud en gardent les traces désenchantées, lorsqu’il les exhume vingt ans plus tard. A l’autre bout du spectre, les dieux de la nature japonaise de Sandrine Elberg et les êtres qui marchent sur l’eau de Philippe Leroux nous invitent à croire au-delà du visible, au-delà du raisonnable. Entre les deux, les auto-fictions de Lee-Marie Sadek ou de Hanna Rast nous confrontent à ce qui manque, à ce qui reste insaisissable, indécis, et nous oblige chaque jour à rebâtir la confiance en ce qui vatenir lieu,et ainsi nous porter plus loin.

Vingt-huit talents européens ont été repérés pour vous par le jury 2018*. Ils vous attendent ici, dans leur diversité, mais avec la même volonté d’exposer ce qui leur importe à vos regards, par delà les mots. D’autres expositions sont disséminées dans la ville, dans les nombreux lieux partenaires duHors-les-Murs. Ne manquez pas de prolonger votre balade photographique jusqu’à elles, vous ne le regretterez pas. Bienvenue sur les chemins des 18èmes Boutographies, le pays des images grandes ouvertes !

 

Pour l’équipe des Boutographies,

Christian Maccotta, directeur artistique

*Voir le Jury 2018

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