ALEXANDRE BAGDASSARIAN

France

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Seize et demi

Biographie

Après mes études à l’ENSAD (École nationale supérieure des Arts décoratifs de Paris), j’ai vécu au Chili, où j’ai réalisé Les Naufragés (2013-2017) dans le désert d’Atacama. Avec la série La couleur de la grenade (exposée aux Boutographies en 2024), j’ai porté un regard sur la jeunesse arménienne et sur les traces laissées par trente années de conflit et par la mémoire encore vive du génocide. Je développe aujourd’hui un travail personnel centré sur la jeunesse, les récits indivi- duels et les lieux de repli ou d’enfermement – qu’ils soient physiques, sociaux ou symboliques. Entre 2024 et 2025, j’ai mené un projet intitulé Seize et demi dans une prison pour mineurs, avec le soutien de l’ADAGP.
Parallèlement à mes projets personnels et expositions, je collabore régulièrement avec la presse dans le cadre de repor- tages ou de portraits, ainsi qu’avec des institutions et des ONG. Attaché au travail collectif, je participe également à des projets d’éducation artistique et culturelle. Depuis 2024, je suis enseignant-vacataire au sein du Master Nouvelles pra- tiques journalistiques à l’Université Lyon II.

Présentation

Pendant huit mois, deux jours par semaine, validés et fixés par les administrations judiciaires et pénitentiaires, j’ai mené un projet mêlant photographie et écriture dans l'une des six prisons pour mineurs françaises. J’ai tenté de créer un espace de co-création avec les jeunes qui habitent ces lieux. Pour comprendre ce qu’ils souhaitaient montrer d’eux-mêmes, j’avais pris l’habitude de discuter avec elles et eux de leur vie d’avant et de leur quotidien en prison. Parfois, je n’avais pas d’appareil ; nous discutions alors des images produites, les regardions ensemble et ouvrions la parole sur leur expérience, leurs histoires. Et pendant les moments où nous faisions des images, je leur proposais d’être acteurs, de choisir l’angle ou leurs poses sur les photos. D’autres fois encore, nous nous retrouvions dans des pièces vides, aux murs blancs, avec des fenêtres qui ne s’ouvrent pas, et une paire de chaises posée là pour l’occasion.
Au fil de ces journées passées aux côtés de personnes à qui l’on attribue des identités aléatoires — détenus, jeunes, enfants, mineurs ou adolescents, j’ai senti que la seule manière d’agir, à mon échelle, était de photographier en acceptant les règles de la prison sans pour autant en adopter le langage. Les règles exigent des demandes, et certaines images ne passent pas. Parmi les refusées, il y en a une qui continue de m’obséder. Elle restera dans mon esprit, cette vision belle et absurde d’un poney dans la cour intérieure de la prison, immobile sous la neige de décembre.

A propos des textes dans l'exposition
Les textes présentés sont issus d’entretiens menés avec les jeunes prisonnier.e.s.
Comme les photographies, ils ont été rendus anonymes, sans noms ni visages. Faute d’autorisation d’enregistrer les voix, leur transcription a été réalisée à partir de notes prises directement sur un ordinateur, aussi fidèles que possible. Seule une correction orthographique et de ponctuation a ensuite été apportée.