YANN DATESSEN

France

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Nitassinan

Exposition du 09 au 31 mai Ouvert du mardi au dimanche de 12:00 à 18:00

Dates de l'exposition

09 mai 2026     31 mai 2026

Vernissage sur invitation

vendredi 08 mai 2026 à 18:30

Biographie

Né en 1977 à Saint-Étienne, je vis et travaille à Paris depuis vingt ans. Sans diplôme, ni formation, je cumule les petits boulots de manutention jusqu’à la trentaine. J’apprends le métier de photographe sur le tard, en autodidacte, et ne montre mes séries que récemment. Hasard ou ruse de la vie, en 2012, l’université Paris- Sorbonne me demande de monter un atelier photographique pour ses étudiants. Ainsi, depuis une dizaine d’années, je partage mon temps entre création, curation et enseignement, j’interviens aujourd’hui à Paris 1, Paris 3, Paris 4, Science Po Paris. Plutôt plasticienne, ma pratique s’oriente vers des réflexions liées au format de l’image et tente de développer une grammaire centrée sur le polyptique et ce que l’association d’images permet comme nouvelles formes. Me sentant proche de la démarche Land-Artist, j’élabore également la plupart de mes projets avec l’ambition de les présenter en extérieur et de façon éphémère. Ainsi en 2015 j’installe ma série « le Léthé » tout le long du canal de l’Ourcq à Paris, les images sur les écluses, les ponts, les berges. En 2020, je relie artisanalement ma série « l’Achéron » à 100 exemplaires, livre étanchéifié et jeté dans les plus grands fleuves européens pour laisser le courant les engloutir ou les faire échouer au hasard des berges et des rencontres. En parallèle de ces expériences plastiques, je réalise des documentaires dont les sujets interrogent différentes figures de la marginalité. Depuis 2022 je documente les réserves indiennes innues des provinces orientales du Canada.

Expositions
2021 : « Rimbaud », Installations simultanées dans les gares de Paris- Marseille et Charlevilles-Mézières
2022 : « Rimbaud », BNF, « La photographie à tout prix », Paris.
Parution
2023 : « A.R. », Édition « Loco ». France

Acquisition
2025 : Collection BNF, acquisition de 10 tirages


Présentation

Nitassinan (notre terre), c’est le nom que donnent les Innus à un territoire qui s’étend des rives du Fleuve st-Laurent aux confins des régions boréales de l’est canadien. Nitassinan est riche, riche en gibiers, bois, minéraux, le paradis des bêtes, des hommes et des esprits, à tel point que tout le monde l’a désiré ce territoire, depuis 10 000 ans au moins, et jusqu’à nos jours encore... Première des premières nations nord-américaines à rencontrer des voyageurs blancs au XVIème siècle, ceux qu’on appelaient jadis « montagnais » accueillent ces nouveaux arrivants et bientôt des échanges plus ou moins équitables se créent, il y a de la place pour tout le monde, pense-t- on, sur Nitassinan. Assez vite, les Innus passent de la liberté fondamentale du chasseur aux contraintes étriquées du trappeur : les européens aiment les fourrures et les payent cher. Les espaces se réduisent. De plus en plus les effets de cette chasse excessive poussent les Innus sur la côte du Saint-Laurent, au contact des comptoirs, les missionnaires et les commerçants en profitent, multiplient les arnaques, les évangélisations, et quand l’industrie forestière ajoute à leurs exils, Nitassinan, déjà, n’est plus que peau de chagrin. Trois siècles plus tard, c’est le coup de grâce : les Innus, considérés par les autorités comme des sauvages à civiliser seront désormais régit par la loi sur les indiens : texte profondément assimilationniste qui interdit cérémonies traditionnelles, costumes, et langues. Dans le même élan, les Innus sont incités à se regrouper dans des villages préfabriqués, isolés, toujours contrôlées et surtout mal financé. Enfin, au comble de cette politique raciste, un programme de pensionnats est lancé, contraignant tous les jeunes autochtones de moins de 15 ans à fréquenter une école catholique souvent à des centaines de kilomètres de leur lieu de vie et dont le but avoué est de les couper le plus possible de leurs racines. Les conditions de vie y sont terribles : au manque de nourriture s’ajoute les transmissions de maladies, le travail excessif, les brutalités, les viols : on estime à environ 6 000 enfants morts (sur 150 000 placés) dans ces établissements jusque dans les années 1990. Trente ans après cet ultime traumatisme, qu’en est-il de ceux qu’on appelle pourtant le peuple rieur ? À cette question quand on la pose, une seule et même réaction : « nous sommes encore là ». En effet les Innus résistent, se développent, cherchent à s’autodéterminer, partout ses membres multiplient les initiatives politiques, économiques et culturelles, partout ils cherchent à reconquérir une identité dont ou a voulu leur faire croire qu’elle était éteinte. C’est pour documenter ce renouveau qu’entre 2022 et 2025 j’ai régulièrement fréquenté 7 des 11 communautés de la nation innue, portraiturant tour à tour et selon différentes saisons, ses membres, ses conditions de vie, l’état du territoire alentour. Ces communautés sont (D’ouest en Est) : Mashteuiatsh (Pointe-Bleue), Essipit (les Escoumins), Pessamit (Betsiamites), Uashatmak mani-utenam (Sept-Îles), Matimekush (Schefferville), Nutashkuan (Natashquan), Unamen-Shipu (La Romaine).