CARLO BEVILACQUA Italien, vit et travaille à Milan Indian stills
Ramenées d'un voyage en Inde, ces images ont cette beauté simple que le regard d'un auteur sait faire émerger du chaos du visible. L'exercice du portrait exotique en situation a été si souvent mené que nous restons incrédules devant la force de ces images, installées dans leur évidence mais ouvertes à notre présence. La continuité plastique, qui va des riches matières textiles aux arrières-plans puis à la texture de la photographie elle-même, produit une forte continuité esthétique. Le noir et blanc, la préservation des traces du support polaroïd dans le cadre, contribuent à installer l'image dans un plan graphique cohérent. Mais rien n'est figé. Humbles ou réservés, les personnages érigés en majestés nous adressent leur présence, nous invitent à partager ce qui organise secrètement leur monde, l'inscrit dans un espace et une durée immémoriaux.
CM
Carlo Bevilacqua est né à Palerme en 1961. Photographe et vidéaste. Il a longtemps travaillé dans la publicité et les relations publiques pour de grandes compagnies italiennes et internationales. Il est l'auteur de plusieurs documentaires, dont une biographie de Robert Wyatt, et de nombreux clips vidéos pour des artistes italiens. Il travaille actuellement sur un livre intitulé In Italia, voyage en noir et blanc dans onze villes de la péninsule.
Indian Stills a été exposé au Palaghiaccio de Milan en 2007, à la Brescia Biennale of Photography en 2008.
BERNARD DEMENGE Français, vit et travaille à Nancy Parade
Dans la série intitulée Parade, titre qui évoque les fonctions paradoxales du masque et du déguisement, Bernard Demenge se montre, se cache, s'expose et se protège. Ce qui est malmené est le visage de l'auteur, et non pas son image (ici, pas d'effets spéciaux, pas de trucages numériques). Le photographe donne de sa personne. Mais il ne se transforme pas pour autant en femme-girafe ou en femme à plateaux. Ce qui restera inscrit ne le sera pas sur le corps (du moins le lui souhaite-t-on), mais dans le visible de l'image, tel un masque qui viendrait re-dessiner le visage le temps d'une monstruosité réversible. Ces images sinuent entre mise en scène tragi-comique, jeu sur la disgrâce physique, et quelque chose qui serait de l'ordre d'une violence, voire d'une douleur physique ritualisée. Mais les distorsions et les atteintes portées au corps sont rendues supportables au spectateur par la distance spécifique qu'entretient la photographie avec l'évènement réel : elle en est à la fois la mémoire fidèle et l'inépuisable interprète. En cela, le travail de Bernard Demenge interroge le processus photographique, trace d'une surface visible définitivement aléatoire et mouvante, et interroge le portrait lui-même, dans son incapacité irrémédiable à saisir l'être qui nous fait face. Le dispositif de départ est pourtant celui de la photographie d'identité : en buste, frontale, bien éclairée. Mais son dévoiement vient ouvrir d'autres images : celles des fantasmes, des peurs et des fantaisies qui nous font un et multiple devant le miroir, en équilibre sur un fil entre les pleurs et les rires.
CM
Ouvrier dans le textile puis militant syndical et politique pendant plus de vingt ans, Bernard Demenge s'est ensuite reconverti dans le domaine artistique. Diplômé des Beaux-Arts de Metz, il est aujourd'hui professeur d'Arts appliqués dans un lycée professionnel.
Ses travaux ont été exposés dans les FNAC de Paris-Montparnasse, Reims, Nîmes, dans les galeries de la Filature à Mulhouse et De Visu à Marseille. Il est nominé à Voies Off en Arles en 2000, "coup de coeur" Bourse du talent-Portrait et lauréat du concours SFR "Paris-Photo"-Lumière de la ville en 2008.
GIUSEPPE DI BELLA Italien, vit et travaille à Londres Abu Ghraib
Giuseppe di Bella utilise les images réalisées par des tortionnaires américains d'Abu Ghraïb, en Irak, en 2004, et s'interroge sur leur traitement dans l'espace public. Cette série d'images condense en effet ce qui traverse la photographie aujourd'hui, jusqu'aux points extrêmes de ses pouvoirs d'obscurcissement et de mise en lumière du monde. Simultanément instrument de la dérive éthique (photographier l'humiliation participe du processus d'humiliation) et vecteur de sa condamnation (lorsqu'elle témoigne de l'horreur), la photographie avoue ici l'étendue et les paradoxes de ses pouvoirs, ainsi que le vide de sens qui l'habite lorsqu'elle échappe à la fois au champ de l'art et à celui du logos.
CM
Giuseppe Di Bella a étudié à la University of the Arts et au College of Printing de Londres. Ses travaux ont été exposés au Musée d'Ixelles (Bruxelles), à la Holden Gallery de Manchester, à la Dazed Gallery de Londres en 2007, au Hurford Humanities Center (USA), à l'International Photographic Triennal de Tampere (Finlande), au festival Manifest'O de Toulouse, à la Biblioteca Nacional de Argentina (Buenos Aires) en 2008, et seront au Lodz Photo Festival (Pologne) en mai 2009.
OLIVIER FERMARIELLO Français, vit et travaille à Berlin Air de famille
Olivier Fermariello nous présente une série consacrée à ses grands parents, entre distance formelle et complicité. Ces images semblent avoir traversé toute l'épaisseur d'un temps long avant de venir jusqu'à nous. Elles sont habitées de la présence douce et entêtée de ces deux êtres, héritiers d'une vie dont ils rejouent les scènes pour un photographe nourri au même imaginaire qu'eux, et attentif à s'en faire l'écho.
CM
Olivier Fermariello est né en 1975. Français né à Rome ou italien d'origine française selon les cas, il a à son actif de nombreuses expositions en Italie et en France : Galerie Nationale d'Art Moderne et Institut Supérieur pour la Photographie à Rome, Musée de la Photographie Contemporaine à Milan, Festival d'Art Contemporain de Castel dell'Ovo (Naples), Kemot Art Gallery (Paris)...
ELIS HOFFMAN Suédois, vit et travaille à Stockholm Tonight
Elis Hoffman a silloné les salles de danse typiques des contrées provinciales suédoises, quand les orchestres du samedi soir enchaînent chansons d'amour et airs nostalgiques dans une atmosphère où se côtoient la solitude, le désir de rencontre et l'acharnement à exister. Crues, tel est le mot qui pourrait qualifier la plupart de ces images. Crues comme la lumière violente du flash qui met à jour les peaux flétries et les regards perdus. Rien n'est atténué, ni les formes, ni les couleurs, comme s'il s'agissait de faire surgir les détresses profondes des êtres sous les artifices des tenues de bal et des décors. La démarche photographique est fortement cohérente avec le propos. Au débordement visible de l'émotion répond une mise en lumière qui la prend en compte et l'expose. Les personnages ne sont pas trahis : ils sont accompagnés par le photographe jusqu'au bout de leur don, ou bien observés de loin dans leur mise en retrait volontaire.
CM
Après des études de photographie et de photojournalisme, Elis Hoffman a été embauché au Dagens Nyheter, le plus important des journaux suédois, où il est actuellement éditeur d'images. Il poursuit parallèlement son activité de photojournaliste en freelance.
PIERRE-JEROME JEHEL Français, vit et travaille à Dinard Paysages mythologiques (Parcours Irlandais)
Cet ensemble de photographies constitue la trace d'une expérience sensible qui va du texte au paysage, de l'imaginaire au concret. Il est l'empreinte d'une rencontre entre un passé aux restes à peines perceptibles, une géographie immuable et un promeneur d'aujourd'hui.
En somme, une conjugaison à trois temps sur un même espace.
P.J.J.
Nous ne sommes pas dans les immenses espaces américains d'Ansel Adams, nets du premier au dernier plan, et pas davantage dans les paysages communs, lieux "sans qualité" de l'inventaire DATAR des années 80 en France. Nous sommes dans des fragments de paysage irlandais, parfois intacts et propices à la longue présence des mythes, parfois marqués de la trace récente des hommes. Paysages ou petits fragments de paysages, les changements d'échelle avancent des formes dont l'identification n'est pas immédiate. Un temps d'attention est nécessaire, qui est aussi celui de la perception de l'atmosphère des lieux, quelles que soient leurs dimensions dans l'espace réel. Ces photographies, si réalistes et pourtant si peu soumises à l'espace visible, font advenir la seule présence qui puisse donner existence aux lieux, la présence de qui les habite de son regard.
CM
Né en 1967 à Bordeaux, Pierre-Jérôme Jéhel est photographe et enseignant. Dans sa pratique photographique et ses recherches, il travaille sur les rapports entre la photographie, les sciences de terrain (anthropologie, géographie, archéologie) et le voyage. Il a ainsi couvert de nombreuses missions scientifiques, en Amazonie, en Egypte, en Guyane, et pour l'Institut Français des Antiquités Orientales. Ses photographies de l'Amazonie sont en projection permanente au musée Branly depuis mai 2006.
Il a été publié dans Méditerranée Magazine, et dans l'ouvrage De la photographie aux arts plastiques (éditions Retz, 2004). Ses photographies sont présentes dans les fonds de la Bibliothèque Nationale, du Centre Photographique des Bords de Marne, et dans plusieurs collections privées.
PHILIPPE LEROUX Français, vit et travaille à Marseille Made in FUPING
En octobre 2007, Philippe Leroux se rend à Fuping en Chine et photographie le FLICAM (Fule International Ceramic Art Museum) à l'invitation des Ateliers d'Art de France.
Le projet ambitieux du FLICAM, dédié à la céramique contemporaine internationale, est conçu autour d'un site industriel de production de tuiles de verre. Il abrite aujourd'hui des délégations de céramistes venues du monde entier, qui travaillent en résidence avec les moyens et les outils locaux. Les oeuvres produites sont ensuite présentées dans les musées des pays invités.
Les images de Philipe Leroux semblent porter une simple et calme légitimité, celle que leur donneraient les gestes lents, ancestraux et inchangés, qui fondent la communauté humaine autour de ses préoccupations les plus élémentaires. Bâtir pour se protéger des éléments, modeler et cuire la terre pour contenir l'eau et l'aliment, pour stocker et assurer la survie : ces gestes portent les premières aspirations de tout groupe humain. La photographie, immobile et silencieuse, semble ici rejoindre son objet.
CM
Après une solide formation en laboratoire, au cours de laquelle il a notamment réalisé des tirages d'exposition pour Lucien Clergue, Philippe Leroux est devenu photographe illustrateur indépendant. Il réalise à ce titre de nombreux travaux photographiques pour des comités de tourisme et des magazines (VSD Nature, BIBA, Bonne Soirée, Vivre en Provence...), et travaille également pour la publicité.
CHRISTIAN LUTZ Suisse, vit et travaille à Genève Outwest
Christian Lutz a séjourné à quatre reprises dans le ranch d'élevage des Davies, dans l'Oregon, entre 2006 et 2008. Entre imagerie du western et modernité consumériste, la vie au ranch des Davies est photographiée comme un quotidien sans cesse bordé par la tragédie. Le décor paraît trop grand et les scènes trop brutales, pour qui n'est pas acteur de l'épopée de la conquête de l'Ouest, mais fermier à l'ouvrage, personnage mimétique de récits révolus. Les photographies de C. Lutz, chargées de signes, dessinent une dramaturgie étrange, comme dépossédée des enjeux de la fiction cinématographique. Récit statique et silencieux, la photographie est venue installer ses géométries, dessiner des scènes qui relient les hommes entre eux, aux espaces qu'ils occupent, et au photographe.
L'étrange gravité de ces scènes semble construite sur une sorte d'apesanteur, comme suspendue au-dessus du grand vide que les américains ont créé avant de réinventer l'Amérique.
CM
Christian Lutz est né à Genève en 1973. Il a étudié la photographie au "75", établissement artistique de Bruxelles, de 1993 à 1996.
Il a exposé récemment "pouvoirPOUVOIR ? Love me Protokoll" au Centre de la Photographie de Genève et OutWest au Lumix Festival de Hannovre. Il a publié entre autres "Karpathos" aux éditions Ides et Calendes (Neuchâtel) en 2000 et "Protokoll" chez Lars Müller Publishers (Baden) en 2007. Ses travaux ont été couronnés par une nomination au Prix européen de la Fondation HSBC, par le Prix allemand du Livre pour "Protokoll", par le prix Nicolas Bouvier et par le Prix suisse de la Photographie ewz-Selection.
GEOFFROY MATHIEU Français, vit et travaille à Marseille Parcelles
"Un mince vernis de réalité immédiate recouvre la matière, naturelle ou fabriquée, et quiconque désire demeurer dans le présent, avec le présent, sur le présent, doit prendre garde de n'en pas briser la tension superficielle." Vladimir Nabokov, La transparence des choses.
"Bon, je vais faire un tour dans le quartier." Jiro Taniguchi, L'homme qui marche.
Les images de Geoffroy Mathieu sont le résultat d'une pratique quotidienne de la recherche non pas de moments, mais de dessins, formes ou situations qui composent le monde. Il ne s'agit plus de narration, ni de reportage, ni de démonstration, ni d'autobiographie mais de parcelles individuelles poétiques de monde rendues disponibles au regardeur, et réveillées par le processus photographique.
Parfois, l'instant du visible porte un sens qui le dépasse à l'infini, et il arrive que la photographie nous livre cette énigme intacte. Cela se produit dans les parcelles de visible que nous donne Geoffroy Mathieu.
CM
Geoffroy Mathieu est né en 1972. Il est diplômé de l'ENSP d'Arles en 1999.
En 2001, la ville de Marseille acquiert 4 tirages de sa série "Dos à la mer".
En 2005, il publie "Un mince vernis de réalité" aux éditions Filigrannes, avec une préface de Michel Poivert et "Mue, paysage autour du chantier du viaduc de Millau et de l'A75", aux éditions Images en manoeuvre.
En 2006, sa série "En ville" est exposée au Musée d'Art Contemporain de Lyon, dans le cadre de l'exposition collective "La région humaine" (Biennale de la Photographie).
En 2008, il est lauréat du prix de la Quinzaine Photographique de Nantes pour sa série "Parcelles".
PASCALE PEYRET Francaise, vit et travaille à Paris China
Pascale Peyret s'est rendue en Chine avec dans ses bagages un sténopé rudimentaire en guise de carnet de voyage. Invitée à la Biennale Internationale de Guangzhou en mai 2007, elle poursuit ensuite son chemin vers Shanhaï, Pékin, Lijang et Shuming.
Les temps de pose très longs inscrivent sur la pellicule des petites scènes étranges : les statuettes s'animent, l'espace se dilate, les rapports d'échelle se bousculent, les presse-papiers à l'effigie de Mao deviennent monuments...
Cette série qui ne montre aucun des habitants ni des paysages de la Chine, mais seulement quelques-unes des innombrables figurines qui la peuplent silencieusement, évoque pourtant ce pays avec une acuité particulière. Cette série si peu documentaire vient peut-être toucher à ce qu'elle ne documente pas, mais saisit dans la complexité d'un ressenti, d'une sensation diffuse. Est-ce le trouble quant à l'échelle réelle des personnages qui évoque ici la négation de l'individu opérée par un régime ayant érigé le collectif en valeur suprême ? Est-ce la répétition de l'identique et de l'immobile qui évoque à elle seul la longue dérive totalitaire qu'a subi la Chine ? Est-ce encore la sexualité exhibée ou latente de certaines des figurines qui vient, comme en un retour du refoulé collectif, témoigner silencieusement du moralisme autoritaire et hypocrite du régime ? La femme brutalisée par des hommes peints en rouge (des gardes rouges ?), qui n'est pas un bibelot anonyme, mais une création à vocation artistique des Frères Gao, serait alors l'une des clés d'un dispositif minimaliste où reposerait, derrière les masques figés ou souriants, quelque chose des ambigüités et des tensions à l'oeuvre dans la société chinoise post-communiste.
CM
Après des études d'histoire de l'art, Pascale Peyret devient styliste d'objet. Depuis 2003, elle développe un travail au sténopé. Ses photographies ont été publiées dans Le Monde 2, Images Magazine, Technik'art...
Sa série consacrée à l'écologie industrielle, parue dans Le Monde 2 (n° 216), a été récompensée aux "International Photography Awards 2008" dans la catégorie Editorial/Environnement.
> Installation : oeuvre des Gao Brothers
FRANCOIS SCHAER Suisse, vit et travaille à Genève Toreros Maya
"Toreros maya" a été réalisé en 2006 dans la province du Yucatan, au Mexique. Cette série donne à voir les coulisses de l'univers chaotique et festif de ces étranges combattants de l'arène.
Inscrit dans une forme contemporaine de reportage, dégagé de toute contrainte descriptive ou chronologique, "Toreros maya" a été pensé comme un récit métaphorique invitant le spectateur à une lecture séquentielle des images. Portraits posés laissant éclater la fierté de ces personnages en habits de danseurs fatigués, images dévoilant la vulnérabilité de corps bardés de blessures, jeux de miroirs, reflets, pans de ciel constituent autant de petites touches impressionnistes, proposant une lecture magico-réaliste de l'évènement.
FS
François Schaer réalise son premier grand projet photographique en 1995, consacré au patrimoine industriel genevois. Le résultat de ce travail est acquis par la collection artistique de l'Etat de Genève.
Il réalise ensuite une série de reportages dans lesquels le langage métaphorique prime sur la volonté de raconter le réel : "Passages" (au Maroc) en 2004, "Viva Mexico" et "Toreros maya" en 2006 et "Scotland" en 2007. Il a exposé en Suisse et au Mexique.
Egalement actif dans le domaine du portrait, il interroge la culture de la pose et s'attache à produire des "scans" représentatif d'une société. Il a travaillé dans des villes aussi différentes que Ventiane ( Laos ), Genève, Londres ou Catania ( Sicile ).
VALERIO VINCENZO Italien, vit et travaille à Paris Borderline
L'Europe unifiée, en supprimant la plupart des contrôles d'identité et des installations douanières, a redessiné la notion de limite d'état.
En d'autres temps, les images d'une frontière ne pouvaient être celles que nous montrent Valerio Vincenzo. Espace de tension et d'affrontement, l'endroit ne se serait sans doute pas prêté à cette photographie presque sereine, colorée et stabilisée par le grand format carré. Presque sereine, mais pas tout-à-fait, parce que le talent de l'auteur est de laisser transparaître dans le bucolique des lieux ce qui perdure de l'absurde, du sourdement inquiétant attachés à la notion de frontière. Cicatrices mal refermées d'affrontements immémoriaux, les marques infligées au paysage sont d'autant plus chargées d'étrangeté qu'elles ont perdu leur sens, idéogrammes d'une langue désormais perdue dans le grand mouvement d'unification géopolitique de l'Europe. Vidés de leur raison d'être mais non réaménagés, les no-man's lands frontaliers voient la nature reprendre peu à peu ses droits, reléguant les lignes tracées par les hommes dans une sorte d'inconscient du paysage. Les photographies de Valerio Vincenzo ont saisi ce qui est inscrit en creux dans ces lieux débarrassés des passions de l'histoire, mais qui en gardent comme une vague nostalgie.
CM
Né en 1973, Valerio Vincenzo a d'abord suivi une formation en école de commerce. Il a été consultant en stratégie d'entreprise avant de devenir administrateur de projets humanitaires pour l'ONG Action contre la Faim, en Indonésie. Basé à Paris depuis 2004, ses travaux sont publiés en France dans GEO, Le National Geographic, Le Nouvel Observateur, Madame Figaro et Libération.
En 2006, il était exposé à Photoespana (Madrid), en 2008 à l'Istituto italiano di cultura de Paris, dans le cadre d'un focus sur la photographie italienne. "La toile", son travail sur les salles de cinéma, est intégré au projet collectif "Territoires de fiction", qui a été projeté ou exposé en Arles (RIP), à Toulouse (Château d'eau), à Lille (Biennale), à Rome (Festival Enzimi) et à Reggio Emilia (Festival européen de photographie).
MATJAZ WENZEL Slovène, vit et travaille à Maribor HK
Avec le projet HK, Matjaz Wenzel s'est intéressé à la colonie Hutter, un habitat ouvrier semi-collectif, constitué de petites maisons jumelles édifiées par un entrepreneur local dans les années 1936-1937.
Apparaissent ici, simultanément et de façon imbriquée, le poids de la forme d'habitation sur la structuration de l'espace et les processus de personnalisation, de résistance à la l'uniformisation. Matjaz Wenzel s'est placé exactement à l'intersection des lignes de tension spatiale, des zones de frottement temporel à l'oeuvre dans ce quadrilatère densément habité et vécu. Le résultat évoque souvent un collage, un montage, mais il n'est pourtant que le constat photographique d'un espace marqué par la longue cohabitation/confrontation de modes de vie tenus à un voisinage étroit, forcé, aménagé, accepté.
CM
Matjaz Wenzel est diplômé de l'Université de Maribor (Slovénie) en Pédagogie et Beaux arts Il travaille actuellement dans les domaines de la photographie et des arts graphiques. Il a exposé à Maribor, à Ljubljana, en Arles (2008) et à Paris (2008).
Sauf mention contraire ou absence de mention, les textes sont de Christian Maccotta